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FR
Dans un vocabulaire plastique inspiré des principes chimiques et physiques de la photographie, Matthieu Boucherit aborde le destin politique des images et notre rapport à ces dernières à travers les paradoxes d’une société morale en conflit avec elle-même.

Naviguant du dessin à la peinture et de l’installation à la création d’ambiance, ses oeuvres appartiennent à un registre hyperréaliste, dont il déplace les définitions. Cette objectivation préalable ne conforte pas la neutralité des regards, mais fait de la réalité construite par la société, les médias et toutes les industries de l’imaginaire, une matière première, dont il déplie les affres et révèle la vérité cachée.

Face à ce qu’il est permis de dire ou de faire, son oeuvre aborde le problème du partage du sensible dans le découpage des temps et des espaces, du visible et de l’énonçable, de la parole et du bruit, qui définit à la fois le lieu et l’enjeu de la politique. Images d’archives ou vernaculaires, publiques ou personnelles, chacun de ces documents devient le moyen par lequel son fonctionnement politique ou commercial sera neutralisé, réifié ou oblitéré. Entre apparition et disparition, son oeuvre exploite la latence, l’attente d’une révélation qui se dérobe de la frontalité du cliché et convoque l’intimité d’une rencontre.

Qu’un intérêt constant se manifeste dans son travail à l’égard du contexte social n’implique pas, pour l’artiste, de produire une représentation qui doublerait le milieu dans lequel nous baignons. Il s’agit au contraire de pousser l’hyper digestibilité des images jusqu’à leur point de bascule. Ainsi s’instaure un jeu de réversibilités des différents média, points de vue, histoires collectives et personnelles.

Si son œuvre pose les conditions d’un drame contemporain, on rappellera que l’étymologie du mot drame renvoie à l’action. Aussi est-ce pour mieux tisser l’agir et le dire dans de nouvelles scènes politiques capables de briser les lois de la représentation que Matthieu Boucherit théâtralise. En se faisant dramaturge, il n’impose pas ses idées, il les met en scène, les donne au regard et laisse à chacun la possibilité de déstratifier les images ou de simplement les contempler.

Marion Zilio,
Critique d’Art AICA, commisaire d’exposition CEA 

EN
With his artistic vocabulary inspired by the chemical and physical principles of photography, Matthieu Boucherit addresses the political future of images and our connection to these images through the paradoxes of a self-conflicting moral society.

Navigating from drawings to paintings and from installations to environments, his works belongs in the hyperrealist sphere – a sphere that Boucherit challenges and shifts. This primary creation does not aim to strengthen neutrality, rather it makes the reality, constructed by society, media, and all creative generators, a key material to unfold and reveal the hidden truth.

Faced with what can be said or done, his work addresses the political problem of sensitivity in regards to the division of time and space, visibility, speech and noise. Both public and personal archived images become the way in which their political or commercial rhetoric becomes neutralized, materialized, or obliterated. Between the appearance and the disappearance, his work exploits the latency, the expectation of a revelation that rejects clichés and summons interpersonal relations.

Due to the constant interest shown in his work in regards to social context, it is out of the question for the artist to produce a representation that would simply mirror our current environment. Rather, the artist enhances the hyper reality of these images to their tipping point so as to push beyond mere representation. Thus, a sort of reversible game manifests amongst media, points of view, and collective and personal stories, which oscillates between reification and sublimation.

In defining his work as under the conditions of a contemporary drama, it is important to recall that the etymology of the word, drama, refers to the word, action. So, it is therefore better to weave action and speech into a new political scene capable of breaking the laws of representation that Matthieu Boucherit dramatizes. As a playwright, he does not impose his ideas, rather he stages them so as to give everyone the opportunity to see the images, deconstruct the images, or simply contemplate the images.