Les Blessures, 2008-2018

« Floue, diaphane, la série des laptopogrammes semble incarner une image latente, dont on ne sait si elle est sur le point de disparaître ou d’apparaître. Réalisées par contact avec l’écran de nos ordinateurs (laptop), ces images paraissent littéralement « expeausée », comme s’il s’agissait de toucher par la pensée. L’esthétique atmosphérique aux teintes rosées dénote une sorte de mélancolie oscillant entre le spleen baudelairien et la course au vintage des filtres Instagram. Débutée en 2008, cette série manifeste un trouble entre l’archive et le souvenir brumeux, elle affirme la volonté d’agir sur les images à défaut de pouvoir agir sur le monde. C’est pourquoi, à bien considérer ces dernières, quelque chose résiste. Le vide qui les traverse incarne une violence plus palpable que ce qu’elles dissimulent.

Plutôt que d’ajouter des images aux images, Matthieu Boucherit s’obstine, dans une sorte de compulsion de répétition, à inverser les pratiques de retouche de propagande, afin d’en atténuer ses effets. S’il en soustrait le contenu ce sera donc pour mieux le révéler ou en affirmer le déni. Les cicatrices se referment, les impacts de balles disparaissent, les corps et les traces de sang au sol s’éclipsent. Seule l’image, en tant que support de mémoire, subit la violence de l’écran par insolation. Cramée, celle-ci sera fixée par chimie argentique, sans être au préalable révélée. Aussi, c’est bien parce que Matthieu Boucherit ne cherche pas à rendre visible mais à rendre sensible la démesure qui fait monde que ces images paraissent évanescentes, voir insignifiantes. »

(Extrait du communiqué de presse de l’exposition Darkroom in Use, mai 2018