Les blessures, 2017

Dispositif
2017

[…] Réalisée à la poudre de graphite, mais aussi par transfert et impression jet d’encre, l’image n’appartient plus au registre de la reproduction machinique ni à celui de la main. En reprenant les processus de manipulation des images issus des programmes de propagande, pendant la Guerre Froide, l’artiste gomme subtilement, efface mécaniquement le fond au profit de la forme.

« Pourquoi aujourd’hui, lorsque je regarde la mer, je ne vois plus la mer », se demande-til. Pourquoi la beauté paraît-elle plus cruelle que la réalité d’une embarcation de fortune ? Dans ses marines, ces dernières ont été oblitérées grâce à l’outil pansement du logiciel Photoshop. Les vagues sont devenues un motif itératif, dont la compulsion de répétition réaffirme, selon une logique bien connue, le traumatisme. Aux simulacres, il superpose alors un filtre rouge qui tend à rejouer le moment de révélation des images en laboratoire photo. Les images appellent la latence, elles sont le lieu et le fonctionnement d’un inconscient qui se forge dans nos images souvenirs. Plutôt que de dénoncer le misérabilisme, Matthieu Boucherit préfère ainsi souligner l’indifférence. Les blessures absorbent les faits pour les porter sur une autre échelle temporelle : non pas celle de la mémoire courte, truffée de clichés vendus au monde entier, mais celle de la perpétuation qui fixe l’événement et grave son empreinte dans les mémoires. Dans un geste iconoclaste, il ne représente la réalité qu’à partir du moment où il en dit autre chose que l’évidence de sa manifestation. Son geste s’apparente alors à celui d’une cure analytique, dont il cherche à produire une résolution clinique plus qu’une retranscription critique.

Marion Zilio
Extrait du texte Filtre inactinique, pour une esthétique de l’indifférence

Fiche technique

Impression jet d’encre
Transfert
Graphite sur papier
Plexiglas inactiniques