The Home of Tereska

Peinture
2016

Fiche technique

Acrylique sur toile
116 x 89 cm

[…] Malgré les processus de distanciation et de médiatisation liés à l’image photographique originale de David Seymour, Tereska draws her home présentée dans la galerie, Matthieu Boucherit offre une amplification et une démultiplication des perceptions de la petite fille. Il se confronte à l’image du photographe et reproduit en peinture, avec un réalisme vertigineux, le dessin qu’elle fait de sa maison… un champ de barbelés. Si dans l’image initiale l’attention est portée à la petite fille en train de dessiner, dans l’oeuvre du peintre c’est bien un dialogue entre les représentations qui est en jeu par delà les années que Matthieu Boucherit instaure. Du dessin à la photographie, de la photographie à la peinture, de la peinture au dessin, comme une mise en abîme des traces par les procédés et processus de création. Le sens se déploie. La maison, espace de refuge et de douceur, est dans le dessin de Tereska, devenue une spirale de fils de fer agressifs qui maillent tout l’espace de son dessin. A bout de bras, elle trace et synthétise cette agression faite à ses perceptions, à son petit corps d’enfant, à son univers de petite fille. Matthieu Boucherit saisit le spectateur par la virtuosité de sa peinture. Pris au piège de l’illusion de l’image peinte, le spectateur est en fait enserré dans ce maillage de fils barbelés, dans ce ressenti d’enfant que seul le dessin peut exprimer. Cette peinture à la surface lisse, dont la matérialité s’absente, a en fait pour unique matériau la mémoire, la trace, le trauma. Et ce matériau transcende la surface.

Laurence Gossart
Extrait du texte GAME OVER, UN JEU DE MASSACRE À LA LUMIÈRE DE L’INNOCENCE